Les strates de ce site capital
pour les paléoanthropologues viennent d’être enfin placées sur une
chronologie précise couvrant plus de 300 000 ans.
François Savatier|
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La grotte de Denisova, en Sibérie, est l’un des sites préhistoriques les plus fascinants. On y a en effet découvert en 2010 les Dénisoviens, une espèce humaine jusque-là inconnue, et en 2018 la première métisse née d’une Néandertalienne et d’un Dénisovien.
Les traces de la présence de Dénisoviens et de Néandertaliens s’étalent
entre il y a 300 000 ans et 40 000 ans environ, mais elles sont
difficiles à dater. Deux équipes, celle de Katerina Douka, de l’institut
Max-Planck à Iéna, et celle de Zenobia Jacobs, de l’université
Wallongong, en Australie, se sont attaquées au problème avec de
nouvelles techniques et viennent de livrer la première chronologie
cohérente pour le site.
L’équipe de Zenobia Jacobs a reconstitué l’environnement dénisovien
de 300 000 à 20 000 ans. Les chercheurs ont utilisé la luminescence
stimulée optiquement, une technique optique de datation, afin de situer
dans le temps les restes de 27 espèces de grands vertébrés, de
100 espèces de petits vertébrés et de 72 espèces de plantes. Les
variations entre forêts de feuillus (périodes chaudes) et toundra
(périodes froides) ainsi reconstruites coïncident pour l’essentiel avec
celles de l’environnement du lac Baïkal, à quelque 1 600 kilomètres à
l’est. Dans le système chronologique des stades isotopiques de l’oxygène
(SIO), très utilisé aujourd’hui, les données obtenues signifient que
les climats qui ont produit les strates de Denisova sont bien datés
entre le SIO9 (337 000 à 374 000 ans) et le SIO2 (29 000 à 14 000 ans).
L’équipe de Katerina Douka a, elle, daté les 14 restes fossiles
d’humains de Denisova. La plupart n’étant pas datables par le
carbone 14, les chercheurs ont construit (à l’aide d’un modèle bayésien)
un arbre probable de parenté, aux branches datées, reliant les
génomes séquencés de Denisova entre eux et aux génomes connus d’Homo sapiens et d’H. neanderthalensis.
Il en ressort que le plus ancien fossile du site, celui d’un
Dénisovien, date d’il y a 122 700 à 194 400 ans. Deux fossiles
néandertaliens datent d’entre 90 900 et 130 300 ans, mais les plus
anciens sédiments contenant des traces d’ADN néandertalien remontent à
il y a quelque 190 000 ans… Quant à la métisse évoquée précédemment,
dénommée Denisova 11, elle a vécu il y a entre 79 300 et 118 100 ans. Et
le plus récent fossile dénisovien (Denisova 3), trouvé dans une
position stratigraphique comparable à celles de deux fossiles
néandertaliens, a vécu il y a 76 600 à 51 600 ans. Il est ainsi de plus
en plus clair que pendant des centaines de milliers d’années,
Néandertaliens et Dénisoviens ont fréquenté la grotte et s’y sont
côtoyés.
L'un des pendentifs en os découverts à Denisova. Sont-ils sapiens ou dénisoviens ?
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