5,1,2/ Outils de mesure
c’est l’accumulation d’indices convergents qui permet à la communauté scientifique de reconstituer un modèle des climats passés. Ci-dessous la boitàOut' du paléoclimatologue.
1/ Températures
On constate que, depuis les années 1960, les anomalies de température par rapport à la température référence de l’année 1960 ont tendance à être de plus en plus positives. Autrement dit, la température semble globalement augmenter depuis 1960. Cette augmentation se limite à quelques dixièmes de degré, ce qui peut sembler anecdotique, mais qui cependant engendre des modifications environnementales de tout type.
2/ Peintures
Le peintre flamand Pieter Breughel nous montre dans son tableau des chasseurs dans la neige (1565), où l’on voit en arrière-plan des patinoires en plein air.
(Pieter Breughel. Winter Landscape with Skaters and Bird Trap. 1565. huile / toile 37 x 55,5 cm Brussels)
Le nom Groenland, signifie littéralement « Terre verte » était un pays où pouvaient paître les troupeaux des colonisateurs vikings. Les Vikings se sont installés au Groenland durant une phase de (relatif) réchauffement, nommé “l’optimum médiéval” aux alentours de l’an mil, où l’hémisphère Nord connut une longue série d’étés secs et chauds, particulièrement favorables aux récoltes, ainsi qu’un net recul des glaces à l’extrême nord de l’océan Atlantique.
Peintures rupestres Chauvet, Lascaux, Cosquer, Niau
site |
i |
date |
époque |
Le Portel |
11.600 ± 150 BP |
Magdalenian |
|
Trois-Freres |
13.000 ± BP |
||
Rouffignac |
13.000 ± BP |
||
Niaux |
14.000 ± 11.500 BP |
||
Le Cap Blanc |
15.000 ± 14.000 BP |
||
Altamira |
17.000 ± 13.000 BP |
||
Cosquer (Phase 2) |
19.000 ± BP |
Solutrean |
|
Lascaux |
20.000 ± BP |
||
Le Placard |
21.000 ± 20.000 BP |
||
Cougnac |
25.000 ± 14.000 BP |
Gravettian |
|
Pech-Merle |
25.000 ± 16.000 BP |
||
Gargas |
27.000 ± BP |
||
Cosquer |
27.000 ± BP |
||
Chauvet |
32.000 ± 30.000 BP |
Aurignacian |
La grotte Chauvet (36 000 ans) est une grotte ornée paléolithique située sur le territoire de la commune de Vallon-Pont-d'Arc (sud de l'Ardèche, France). Découverte en 1994, elle a d'abord été nommée grotte ornée de la Combe d'Arc (du nom du lieu-dit où elle se trouve) mais porte aujourd'hui le nom de son inventeur Jean-Marie Chauvet.
https://www.bradshawfoundation.com/clottes/index.php
3/ Vivant
l’aire de répartition d’un papillon dont le développement nécessite une température minimale. On constate que, depuis le début du XXe siècle, cette température a été atteinte dans des pays qui ne la présentaient pas habituellement. L’élévation de température permet donc la colonisation du Royaume-Uni par le Tircis qui va concurrencer les espèces endémiques et peut-être même les remplacer.
► Les vendanges correspondent à la période où les grains de raisin, arrivés à maturité, sont récoltés pour les transformer en vin. Cette maturité dépend notamment de l’ensoleillement reçu et de la température pendant l’été, saison de croissance du fruit.
4/ Eaux
Le glacier progressant vers la vallée dans les périodes froides : plus il fait froid, plus le front du glacier sera à faible altitude ; et, inversement, il remonte vers les sommets dans les périodes chaudes.
Le permafrost est une couche de sol qui reste gelée toute l’année pendant au moins deux années consécutives. Ces sols représentent presque 25 % des sols de l’hémisphère nord
La variation du niveau marin reflète le volume des océans et est déterminée par des marégraphes, puis complétée par de l’altimétrie satellitaire depuis 1993.
5/ Pollens
Le terme de « palynologie » (du grec : παλ́υνειν, répandre, saupoudrer, lui-même tiré de : π́αλη, farine, poussière pollinique), créé en 1944
Manuel p.297
TP observation de pollens au microscope : https://forum.mikroscopia.com/topic/242-la-jacinthe-pollen/ ; doc en pdf
Les grains de pollen et les spores des végétaux terrestres sont disséminés en grande quantité chaque année et ont une enveloppe résistant à la décomposition : ils s’accumulent donc dans les sédiments continentaux.
Certaines espèces végétales ne se développent que dans des climats particuliers. Les pollens produits lors de leur reproduction possèdent une paroi très résistante, ce qui favorise leur conservation. Certaines zones comme les tourbières conservent ainsi les pollens produits dans les environs au cours du temps. L’analyse des pollens en fonction de la profondeur, donc du temps, permet alors de reconstituer les climats du passé.
Diagramme pollinique simplifié de la tourbière de la Pile, proche de Lyon
On peut repérer deux périodes plus chaudes qui sont datées de –20 000 ans à l’actuel et de –105 000 ans à –65 000 ans. Avec le même raisonnement, on peut délimiter une seule période froide allant de –65 000 ans à –20 000 ans. L’époque la plus froide observable sur ce diagramme est située entre –25 000 ans et –20 000 ans où les herbacées sont les plus développées au détriment des arbres qui ne supportent pas les températures trop basses et négatives sur de longues périodes.
6/ Fossiles
paleo-, de παλαιός / palaiós, « ancien » ;
-ontos, de ὄντος / óntos, participe présent au génitif du verbe εἰμί / eimí, « être » : « étant » ;
-logie, de λόγος / lógos, « l'étude, le discours ».
La paléontologie peut être définie comme la science des fossiles
sciences participatives :
https://planet-terre.ens-lyon.fr/ressource/Img689-2020-10-12.xml
https://www.agso.net/Les-phosphatieres-du-Quercy.html
https://geoltheque.obs-mip.fr/fichesortie/a-la-recherche-des-paysages-du-passe-dans-le-sud-quercy/
Un cénogramme est un graphique permettant de caractériser un biotope à partir de la masse des mammifères adultes qui l'habitent.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Cénogramme
Graphique obtenu en disposant par ordre croissant de taille les espèces d'une communauté classées par groupe trophique.
https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/8463520/cenogramme
Il s'agit de représenter, en deux dimensions, les masses moyennes des adultes des espèces de mammifères répertoriées dans un milieu donné (les carnivores et chiroptères étant exclus). Les espèces sont classées par ordre décroissant de cette masse moyenne. On reporte chaque espèce dans un repère cartésien, l'abscisse correspondant au rang de l'espèce dans le classement, l'ordonnée au logarithme de la masse moyenne de l'espèce.
https://www.futura-sciences.com/planete/dossiers/paleontologie-nous-mammiferes-1720/page/8/
L’Holocène est le nom donné à la période interglaciaire qui a succédé au dernier cycle glaciaire. Cette période tout de suite chaude par rapport à ce qui précède, a débuté il y a environ 12 000 ans et elle est encore en cours de nos jours. D’un point de vue archéologique, l’Holocène regroupe toute l’histoire postérieure au Paléolithique et commence avec celle du Mésolithique. L’environnement est tout d’abord transformé par le réchauffement climatique naturel et la reconquête végétale qui l’accompagne. Depuis le Néolithique et l’invention de l’agriculture, l’impact de l’homme sur l’environnement s’amplifie en lien avec l’augmentation de la population. Sur le site d’Étiolles, cette période néolithique est marquée par des couches de colluvions, c’est-à-dire des sédiments déposés en bas de pente suite à l’érosion, ici principalement agricole.
Paléolithique : Période de la Préhistoire. On distingue : le Paléolithique inférieur (780 000 ans à 250 000 ans en Europe), le Paléolithique moyen (250 000 à 35 000), le Paléolithique supérieur (35 000 à 9500 ans).
https://archeologie.culture.gouv.fr/etiolles/fr/node/6565#holoc_ne_4642
L’anthropocène est un ensemble de transformations environnementales dues aux activités humaines ayant des conséquences sur l’habitabilité de la planète, pour les humains et le reste de la biodiversité.
principe d’actualisme
"Théorie postulant que les lois régissant les phénomènes géologiques actuels étaient également valables dans le passé" Foucault & Raoult Dictionnaire de Géologie, Masson.
La paléoécologie (paléo = ancien) se base fréquemment sur l'écologie des espèces actuelles pour reconstituer un paléoenvironnement. Par exemple, la découverte de Foraminifères planctoniques ou de Radiolaires dans une strate conduira à émettre l'hypothèse que les sédiments qui les contiennent se sont déposés en milieu marin. En effet, les espèces actuelles correspondantes sont sténohalines (= vivant dans une eau à salinité bien définie) et ne se rencontrent pas dans des eaux peu ou pas salées.
Un tel raisonnement implique d'admettre que les espèces considérées vivent actuellement dans le même milieu que par le passé. L'hypothèse formulée doit être testée par confrontation avec les autres indices dont on dispose (minéralogiques, lithologiques...)
Certaines espèces peuvent alors être considérées comme des témoins de milieux de sédimentation : on parle alors de fossiles de faciès.
Exemples d'application du principe d'actualisme :
estimation de la profondeur de la mer de la craie
https://svt.ac-versailles.fr/IMG/archives/docpeda/banques/Limay/docs/actualis.htm
Exploiter des bases de données pour reconstituer les paléoceintures climatiques.
Paleobiology Database (PBDB) est un site internet public, développé depuis 2000 et soutenu par la NSF1, permettant l’exploitation d’une base de données très riche de paléontologie.
Cette base de données paléontologique est le fruit du travail collaboratif et pluridisciplinaire de chercheurs du monde entier.
Accès à Paleobiology database (pbdb)
Le lien : https://paleobiodb.org/
7/ Sédiments
Manuel p.299
TP observation de microfossiles au microscope
Le carottage consiste à récupérer un volume (souvent un cylindre) de sédiment en place, c'est-à-dire enconservant l’intégrité et la position des différentes couches qui le composent. Le principe est simple : on fait entrer un tube creux dans le sédiment puis on le remonte. Les carottes sont coupées en deux dans la longueur : une moitié est utilisée pour analyse,
l’autre est conservée pour archive.
Il existe ainsi plusieurs carothèques dans le monde, dont une au CNRS à Gif sur Yvette.
Les carottes sont étiquetées, emballées dans un film plastique et protégées dans un tube en plastique.
Les carottes sont coupées en deux dans la longueur : une moitié est utilisée pour analyse, l’autre est conservée pour archive.
Il existe ainsi plusieurs carothèques dans le monde, dont une au CNRS à Gif sur Yvette.
Les carottes sont étiquetées, emballées dans un film plastique et protégées dans un tube en plastique.
Sur le navire sont réalisées différentes observations et mesures :
Description de la carotte
Analyse spectrale
Photographie
Analyse des propriétés physiques
Echantillonnage
Observation de la fraction supérieure à 150µm, après lavage et tamisage (observation des microfossiles)
Plus tard à terre, d’autres études pourront être réalisées à partir des carothèques.
Différentes équipes vont sur le même échantillon obtenir des données diverses et complémentaires qui vont permettre de reconstituer les conditions du dépôt : les assemblages de fossiles, les concentrations en diverses isotopes, la nature des sédiments…
On pourra retrouver la température de l’eau, le sens du courant…
Les boues sont des sédiments fins (grain ≤ 64µm).
En domaine océanique, on distingue :
— les boues calcaires, à Globigérine,
— les boues siliceuses, à Radiolaires, à Diatomées
— les boues rouges des grands fonds, essentiellement formées d’argiles.
Les sédiments océaniques profonds sont un mélange d’apports éoliens (poussières continentales, notamment désertiques, transportées par le vent qui se déposent dans l’océan), de particules transportées par les courants (sédimentation hémipélagique) et de particules d’origine biologique produites près de la surface et qui sédimentent à la mort des êtres vivants (sédimentation pélagique).
La sédimentation peut être carbonatée :
Ptéropodes
Coccolithophoridés
Foraminifères
La sédimentation peut aussi être siliceuse :
Radiolaires
Diatomées
La sédimentation pélagique a pour origine la zone photique de l’océan, c’est-à-dire la zone sous la surface dans laquelle la lumière est présente. Elle est estimée à quelque chose de l’ordre de 100 à 200 tests/ m2/jour.
La craie est formée de Coccolithophoridés à 90 % , végétaux unicellulaires très petits (2 à 10 µm) aux squelettes calcaires.
Les coccolithophoridés, présents sur Terre depuis plus de 200 Millions d’années, sont des algues unicellulaires exclusivement marines. Ces microalgues font partie du nanoplancton, c'est-à-dire que leur taille est comprise entre 5 et 50 microns. Elles se caractérisent par leur squelette externe en carbonate de calcium. Cette sorte de « coquille » appelée la coccosphère est composée de plus petits éléments sphériques : coccolithes.
Coccolithophoridés, algues unicellulaires de petite taille (0,01mm) entourés d’une enveloppe sphérique (Coccosphère) formée d’un assemblage de plaques calcaires généralement en forme de disques (Coccolithes).
On distingue selon le nombre de loges
— Les Foraminifères uniloculaires,
— Les Foraminifères biloculaires,
— Les Foraminifères pluriloculaires (parmi lesquels les Fusulinidés, les Miliolidés et les Nummulitidés). Les Globigérinidés sont un groupe de Foraminifères dont la taille est de l’ordre de 0,5 à 1mm. Ils sont particulièrement abondants au voisinage de l’Equateur.
Le test est facilement conservé dans les sédiments et leur abondance ainsi que leur sensibilité aux conditions environnementales en font d’excellents marqueurs stratigraphiques et climatiques.
Le terme de microfossile s’applique à des fossiles ne pouvant s’étudier qu’à la loupe ou au microscope.
Les foraminifères sont présents dans les océans depuis au moins 550 millions d’années, et nombreux à l’état de fossile dans les sédiments marins. L’analyse de leurs coquilles et des matières qui les entourent permet d’en apprendre beaucoup sur les conditions du milieu.
Reconstituer un climat avec les Foraminifères
— Abondance dans le sédiment et diversité : le contenu des sédiments dépend de leur latitude d’origine :
Aux latitudes tropicales, le sédiment est très riche en micro fossiles, et la fraction détritique est négligeable ou absente. On observe de nombreux Globigérinidés, de tailles et de formes diverses. La biodiversité est importante.
Aux latitudes polaires, le sédiment présente une fraction détritique supérieure ou égale à 50%. Les fossiles sont rares et de taille réduite. La biodiversité est limitée.
On pourra donc en première approximation utiliser comme règle pour reconstituer le climat que plus les eaux sont chaudes, plus les microfossiles sont abondants, grands et divers et la fraction détritique réduite.
La réduction de la part du détritique par rapport au biogénique s’explique par deux phénomènes :
- d’une part les êtres vivants sont de plus en plus abondants lorsqu’on va vers les zones chaudes. Il y a donc une sorte de dilution du détritique par le biogénique. C’est une diminution relative.
- la fraction détritique correspond à ce qui est abandonné par les glaces, donc plus on s’éloigne des zones polaires, moins il y en a de façon absolue.
On peut dans certains cas distinguer au niveau macroscopique dans une carotte les périodes chaudes et les périodes froides : plus il y a de biogénique, donc de carbonate, plus le sédiment est clair, et plus il y a de détritique, plus il est foncé.
— Le sens d’enroulement des coquilles des Foraminifères s’observe sur la face ventrale, c’est-à-dire du côté où se trouve l’ouverture et se lit du proloculum (la première loge) vers l’ouverture.
Par exemple : enroulement dextre (sens inverse des aiguilles d’une montre).
Le sens d’enroulement peut être différent en fonction de facteurs environnementaux tels que la température. Ainsi Neogloboquadrina pachyderma est un foraminifère dont l’enroulement du test (coquille) est :
à enroulement dextre (vers la droite) lorsque l’eau de surface est chaude.
à enroulement senestre (vers la gauche) lorsque l’eau de surface est froide.
La détermination du sens d’enroulement permet donc dans une certaine mesure de reconstituer des variations climatiques.
— Les préférences écologiques des différentes espèces de Foraminifères
La répartition des Foraminifères est liée à la température de l’eau, et constitue donc un indicateur de la température :
Par exemple : les globigérines se répartissent dans les eaux chaudes. Les radiolaires par contre se répartissent dans les eaux froides, donc aux latitudes plus élevées.
De manière plus fine dans l’Atlantique nord actuellement, on peut répartir les Foraminifères en cinq grandes provinces et associer à chaque province une ou plusieurs espèces de Foraminifère :
Groupe Espèces
Arctique Neogloboquadrina pachyderma (senestre)
Subarctique N. pachyderma (dextre), Globigerina bulloides, G quinqueloba
Subtropical Globigerinoides ruber
La température de surface variant avec la saison, la répartition en latitude des Foraminifère va aussi varier saisonnièrement. Il ne faudra donc pas s’étonner de voir dans un même sédiment des espèces de climat différent, l’une ayant pu se déposer l’été, l’autre l’hiver.